La souveraineté numérique fait souvent la une, sur un ton anxiogène. Au Guichet du Numérique, nous préférons une approche concrète : avant de changer d'outil, il s'agit de comprendre de quoi vous dépendez vraiment. Voici pourquoi, et par où commencer, que vous soyez une commune, une ASBL, une PME ou un indépendant.
Une commune qui gère l'état civil, une association qui suit ses membres, un indépendant qui facture ses clients : tous s'appuient chaque jour sur des outils numériques. Peu savent précisément qui les héberge, qui pourrait accéder aux données, ni ce qui se passerait si le service fermait ou augmentait ses prix du jour au lendemain. Cette zone d'ombre, c'est exactement le sujet de la souveraineté numérique.
La bonne nouvelle, c'est qu'il ne s'agit pas de tout réinventer, ni de renoncer aux outils que vous aimez. La souveraineté numérique n'est pas un drapeau planté sur un serveur. C'est d'abord une carte : celle de vos dépendances. Et cette carte, vous pouvez commencer à la dessiner dès cette semaine.
La souveraineté numérique, ce n'est pas remplacer un fournisseur par un autre
On résume souvent la question à une opposition simpliste : les outils américains contre les solutions locales. La réalité est plus nuancée. La souveraineté numérique, c'est la capacité d'une organisation à maîtriser ses outils, ses données et ses infrastructures, sans dépendre entièrement d'un acteur soumis à une loi étrangère. Le mot important est maîtrise, pas nationalité.
Un récent rapport du Conseil de l'intelligence artificielle et du numérique, en France, déplace utilement le débat. Il invite à sortir de deux réflexes : créer des champions nationaux, ou opposer le public au privé. Sa proposition est d'organiser la coopération entre acteurs publics, entreprises et communs numériques. À notre échelle wallonne, retenons trois capacités concrètes : connaître ses dépendances, garder la porte de sortie, et coopérer plutôt que rester seul.
La souveraineté numérique ne commence pas par un nouvel outil. Elle commence par une question : de quoi dépendez-vous vraiment ?
Vos dépendances sont souvent invisibles
La première difficulté, c'est qu'un outil qui fonctionne bien ne donne jamais l'impression d'être un risque. Pourtant, les chiffres belges parlent d'eux-mêmes. Plus de 70 % des institutions publiques du pays utilisent quotidiennement les services cloud de Microsoft, des hôpitaux aux communes en passant par la police et l'enseignement, selon Solutions Magazine. À l'échelle du marché, les grands acteurs américains contrôlent environ 70 % du cloud européen, quand les fournisseurs européens s'en partagent près de 15 %.
Beaucoup pensent régler la question en exigeant un hébergement en Europe. C'est nécessaire, mais insuffisant. Le Cloud Act, voté aux États-Unis en 2018, autorise les autorités américaines à demander l'accès aux données détenues par une entreprise américaine, même lorsqu'elles sont physiquement stockées en Europe, comme le rappelle NetExplorer. Ce qui compte n'est donc pas seulement l'endroit où sont vos données, mais qui les contrôle.
Héberger ses données en Europe ne suffit pas si celui qui les contrôle relève d'une loi étrangère.
Ne rien décider est aussi un choix, et il a un prix. Chaque année, les organisations européennes dépensent environ 264 milliards d'euros auprès de ces grands fournisseurs. À la clé, un risque bien concret pour une petite structure : l'impossibilité de refuser une hausse de tarif, une activité qui s'arrête en cas de suspension de compte, et des données sensibles dont vous ne maîtrisez plus totalement l'accès.
La bonne première étape : cartographier, pas tout migrer
Face à ce constat, l'erreur serait de vouloir tout changer d'un coup. C'est le meilleur moyen de se décourager. La première action ne coûte presque rien et ne demande aucune compétence technique avancée : lister ce dont vous dépendez. Cette cartographie tient en quatre gestes.
- Inventoriez. Listez tous vos services numériques : messagerie, stockage de fichiers, site web, comptabilité, gestion des membres ou des clients, sauvegardes, réseaux sociaux.
- Qualifiez la criticité. Pour chacun, posez une question simple : que se passe-t-il s'il s'arrête demain matin ?
- Mesurez la réversibilité. Pourriez-vous récupérer vos données et changer d'outil, et à quel prix ?
- Priorisez. Traitez d'abord ce qui est à la fois critique, difficile à quitter et porteur de données sensibles.
Ne visez pas la perfection. Commencez par vos cinq dépendances les plus critiques. Cette seule page vous placera déjà en avance sur la plupart des organisations.
Des alternatives existent, à condition de bien choisir
Bonne nouvelle : il existe aujourd'hui des alternatives européennes crédibles pour presque tous les usages. Pour la bureautique, LibreOffice, OnlyOffice ou CryptPad. Pour le stockage et le travail collaboratif, Nextcloud, ou le kDrive du suisse Infomaniak. Pour la messagerie, Proton Mail, Infomaniak ou l'allemand Tuta. Pour la visioconférence, Jitsi ou BigBlueButton. La Belgique dispose même de ses propres acteurs, comme les hébergeurs Combell et Belcenter, ou la coopérative Damnet. La boîte à outils européenne est plus fournie qu'on ne le croit.
Un mot de prudence, cependant : « souverain » n'est pas un label magique. Avant d'adopter un outil, vérifiez sa conformité au RGPD, sa position vis-à-vis du Cloud Act, sa réversibilité, sa maturité et son coût réel. La Suisse, par exemple, est hors Union européenne, mais aussi hors du Cloud Act américain. Mieux vaut un outil européen bien maîtrisé qu'un idéal théorique impossible à gérer au quotidien.
Seul on subit, à plusieurs on pèse
C'est sans doute le point le plus important, et il correspond à notre ADN de coopérative. Une petite structure, seule, ne pèse rien face à un géant du numérique. Ensemble, c'est une autre histoire. Une fédération d'associations peut mutualiser un hébergement pour ses membres. Un groupement de PME peut négocier un contrat ou financer un accompagnement commun. Ce qui est hors de portée d'un indépendant devient réaliste à plusieurs.
Enfin, les outils libres que nous utilisons, comme LibreOffice ou Nextcloud, sont des biens communs : essentiels, mais souvent portés par des moyens fragiles. Les soutenir, ne serait-ce qu'en les choisissant et en les recommandant, c'est contribuer à les faire vivre. Chaque décision compte.
Par où commencer, concrètement ?
Vous n'avez pas besoin d'un grand plan ni d'un gros budget pour avancer. Vous avez besoin d'y voir clair. Listez cette semaine vos cinq dépendances numériques les plus critiques, et notez pour chacune qui la fournit, ce qui se passerait si elle disparaissait, et comment vous pourriez partir. La vraie question n'est pas de savoir quel outil adopter demain, mais comment organiser vos choix avant que vos dépendances ne deviennent irréversibles.
Et vous, sauriez-vous lister vos dépendances numériques critiques ? Au Guichet du Numérique, nous accompagnons les communes, les associations, les indépendants et les PME de Wallonie pour y voir clair dans leurs outils et reprendre la main, à leur rythme. Parlons-en.
Article rédigé avec l'appui d'outils d'IA, à partir de sources publiques : Conseil de l'IA et du numérique (CIANum), Solutions Magazine, NetExplorer, Blog du Modérateur et Via Verta.
La souveraineté numérique fait souvent la une, sur un ton anxiogène. Au Guichet du Numérique, nous préférons une approche concrète : avant de changer d'outil, il s'agit de comprendre de quoi vous dépendez vraiment. Voici pourquoi, et par où commencer, que vous soyez une commune, une ASBL, une PME ou un indépendant.
Une commune qui gère l'état civil, une association qui suit ses membres, un indépendant qui facture ses clients : tous s'appuient chaque jour sur des outils numériques. Peu savent précisément qui les héberge, qui pourrait accéder aux données, ni ce qui se passerait si le service fermait ou augmentait ses prix du jour au lendemain. Cette zone d'ombre, c'est exactement le sujet de la souveraineté numérique.
La bonne nouvelle, c'est qu'il ne s'agit pas de tout réinventer, ni de renoncer aux outils que vous aimez. La souveraineté numérique n'est pas un drapeau planté sur un serveur. C'est d'abord une carte : celle de vos dépendances. Et cette carte, vous pouvez commencer à la dessiner dès cette semaine.
La souveraineté numérique, ce n'est pas remplacer un fournisseur par un autre
On résume souvent la question à une opposition simpliste : les outils américains contre les solutions locales. La réalité est plus nuancée. La souveraineté numérique, c'est la capacité d'une organisation à maîtriser ses outils, ses données et ses infrastructures, sans dépendre entièrement d'un acteur soumis à une loi étrangère. Le mot important est maîtrise, pas nationalité.
Un récent rapport du Conseil de l'intelligence artificielle et du numérique, en France, déplace utilement le débat. Il invite à sortir de deux réflexes : créer des champions nationaux, ou opposer le public au privé. Sa proposition est d'organiser la coopération entre acteurs publics, entreprises et communs numériques. À notre échelle wallonne, retenons trois capacités concrètes : connaître ses dépendances, garder la porte de sortie, et coopérer plutôt que rester seul.
La souveraineté numérique ne commence pas par un nouvel outil. Elle commence par une question : de quoi dépendez-vous vraiment ?
Vos dépendances sont souvent invisibles
La première difficulté, c'est qu'un outil qui fonctionne bien ne donne jamais l'impression d'être un risque. Pourtant, les chiffres belges parlent d'eux-mêmes. Plus de 70 % des institutions publiques du pays utilisent quotidiennement les services cloud de Microsoft, des hôpitaux aux communes en passant par la police et l'enseignement, selon Solutions Magazine. À l'échelle du marché, les grands acteurs américains contrôlent environ 70 % du cloud européen, quand les fournisseurs européens s'en partagent près de 15 %.
Beaucoup pensent régler la question en exigeant un hébergement en Europe. C'est nécessaire, mais insuffisant. Le Cloud Act, voté aux États-Unis en 2018, autorise les autorités américaines à demander l'accès aux données détenues par une entreprise américaine, même lorsqu'elles sont physiquement stockées en Europe, comme le rappelle NetExplorer. Ce qui compte n'est donc pas seulement l'endroit où sont vos données, mais qui les contrôle.
Héberger ses données en Europe ne suffit pas si celui qui les contrôle relève d'une loi étrangère.
Ne rien décider est aussi un choix, et il a un prix. Chaque année, les organisations européennes dépensent environ 264 milliards d'euros auprès de ces grands fournisseurs. À la clé, un risque bien concret pour une petite structure : l'impossibilité de refuser une hausse de tarif, une activité qui s'arrête en cas de suspension de compte, et des données sensibles dont vous ne maîtrisez plus totalement l'accès.
La bonne première étape : cartographier, pas tout migrer
Face à ce constat, l'erreur serait de vouloir tout changer d'un coup. C'est le meilleur moyen de se décourager. La première action ne coûte presque rien et ne demande aucune compétence technique avancée : lister ce dont vous dépendez. Cette cartographie tient en quatre gestes.
- Inventoriez. Listez tous vos services numériques : messagerie, stockage de fichiers, site web, comptabilité, gestion des membres ou des clients, sauvegardes, réseaux sociaux.
- Qualifiez la criticité. Pour chacun, posez une question simple : que se passe-t-il s'il s'arrête demain matin ?
- Mesurez la réversibilité. Pourriez-vous récupérer vos données et changer d'outil, et à quel prix ?
- Priorisez. Traitez d'abord ce qui est à la fois critique, difficile à quitter et porteur de données sensibles.
Ne visez pas la perfection. Commencez par vos cinq dépendances les plus critiques. Cette seule page vous placera déjà en avance sur la plupart des organisations.
Des alternatives existent, à condition de bien choisir
Bonne nouvelle : il existe aujourd'hui des alternatives européennes crédibles pour presque tous les usages. Pour la bureautique, LibreOffice, OnlyOffice ou CryptPad. Pour le stockage et le travail collaboratif, Nextcloud, ou le kDrive du suisse Infomaniak. Pour la messagerie, Proton Mail, Infomaniak ou l'allemand Tuta. Pour la visioconférence, Jitsi ou BigBlueButton. La Belgique dispose même de ses propres acteurs, comme les hébergeurs Combell et Belcenter, ou la coopérative Damnet. La boîte à outils européenne est plus fournie qu'on ne le croit.
Un mot de prudence, cependant : « souverain » n'est pas un label magique. Avant d'adopter un outil, vérifiez sa conformité au RGPD, sa position vis-à-vis du Cloud Act, sa réversibilité, sa maturité et son coût réel. La Suisse, par exemple, est hors Union européenne, mais aussi hors du Cloud Act américain. Mieux vaut un outil européen bien maîtrisé qu'un idéal théorique impossible à gérer au quotidien.
Seul on subit, à plusieurs on pèse
C'est sans doute le point le plus important, et il correspond à notre ADN de coopérative. Une petite structure, seule, ne pèse rien face à un géant du numérique. Ensemble, c'est une autre histoire. Une fédération d'associations peut mutualiser un hébergement pour ses membres. Un groupement de PME peut négocier un contrat ou financer un accompagnement commun. Ce qui est hors de portée d'un indépendant devient réaliste à plusieurs.
Enfin, les outils libres que nous utilisons, comme LibreOffice ou Nextcloud, sont des biens communs : essentiels, mais souvent portés par des moyens fragiles. Les soutenir, ne serait-ce qu'en les choisissant et en les recommandant, c'est contribuer à les faire vivre. Chaque décision compte.
Par où commencer, concrètement ?
Vous n'avez pas besoin d'un grand plan ni d'un gros budget pour avancer. Vous avez besoin d'y voir clair. Listez cette semaine vos cinq dépendances numériques les plus critiques, et notez pour chacune qui la fournit, ce qui se passerait si elle disparaissait, et comment vous pourriez partir. La vraie question n'est pas de savoir quel outil adopter demain, mais comment organiser vos choix avant que vos dépendances ne deviennent irréversibles.
Et vous, sauriez-vous lister vos dépendances numériques critiques ? Au Guichet du Numérique, nous accompagnons les communes, les associations, les indépendants et les PME de Wallonie pour y voir clair dans leurs outils et reprendre la main, à leur rythme. Parlons-en.
Article rédigé avec l'appui d'outils d'IA, à partir de sources publiques : Conseil de l'IA et du numérique (CIANum), Solutions Magazine, NetExplorer, Blog du Modérateur et Via Verta.
Frédéric Dedobbeleer
Formateur & consultant
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